Sonik

du 17 au 24 mai 2022
– Théâtre de Cornouaille, scène nationale de Quimper

L’ensemble Sillages a le grand plaisir d’être programmé cette année, le mardi 24 mai à 20h30, au festival Sonik avec son concert Évolution, qui interroge les filiations musicales du XXe siècle à aujourd’hui.

Dans ce cadre, nous avons demandé au directeur du Théâtre de Cornouaille, scène nationale de Quimper, Monsieur Vincent Léandri, de nous introduire cette édition du festival, et de nous dévoiler quelques éléments de son écoute personnelle :

Proposer un temps fort des musiques de création au Théâtre de Cornouaille, scène nationale de Quimper, est une grande richesse : comment est né le festival Sonik, et quelle est sa visée ? A-t-elle évolué avec le temps ?

J’étais absent au moment de la création de Sonik, en 2013. J’ai découvert au moment de mon entrée en poste, en 2018, pour la sixième édition de Sonik, un festival atypique, un temps fort de rendez-vous successifs placés sous le signe de l’éclectisme musical, dont l’originalité est devenue de diversifier les entrées proposées.

Ainsi, on peut entendre, une semaine durant et à raison d’une petite dizaine de propositions, de la musique classique contemporaine, des scénographies musicales hybrides, du jazz ou des musiques bretonnes ou traditionnelles atypiques, et ceci dans différents lieux de Quimper : cathédrale, petite et grande salle du Théâtre de Cornouaille, théâtre Max Jacob, voire extérieurs.

Je crois que l’esprit de Sonik, c’est la surprise, l’inattendu, la fenêtre soudaine qui donne sur des paysages qu’on n’imaginait pas.

Mon envie, c’est à la fois de densifier l’événement, de faire que les publics puissent se croiser lors d’une même soirée, en proposant plusieurs événements par soir.
C’est aussi d’accentuer les ouvertures pluridisciplinaires : cette saison, ouverture aux arts de la rue, à l’enfance en partenariat avec Très tôt théâtre, et depuis 2019, l’introduction du concert debout en partage de programmation avec le Novomax, la salle des musiques actuelles à Quimper.

Dans une ville de 60 000 habitants qui est elle-même une combinatoire étonnante de quartiers et de ruralité, je pense qu’il faut redire, par la multiplicité des horizons combinés, que la musique est accompagnatrice, reliée, accessible, multiple. Le principe du cabinet de curiosité, de la dégustation ouverte à tout va, c’est aussi parce qu’il est nécessaire, à certains moments, de s’affranchir de toute forme de spécialité. 

Qu’est-ce qu’apporte sur l’édition 2022 la présence d’un dôme ambisonique de l’IRCAM ?

Le dôme ambisonique, c’est une découverte que j’ai faite au festival Manifeste en septembre 2020, proposé par l’IRCAM, et que j’ai eu envie de partager. C’est une autre façon d’aborder ce qu’explorent aussi Arca ostinata et beaucoup de spectacles vivants sur nos scène : la multidiffusion sonore, la spatialisation du son.

On la rencontre souvent désormais, mais je trouve qu’elle doit être appréciée pour elle-même. C’est ce que permet ce dispositif, où l’on s’abandonne à une écoute intense, presque allongé sur un transat installé sous une nuée de haut-parleurs.  

J’ai été naturellement attiré aussi par la dimension littéraire et théâtrale : j’ai beaucoup d’estime pour Annie Ernaux et pour le metteur en scène Daniel Jeanneteau, que j’ai tous deux retrouvé à leur meilleur. Aurélien Dumont, le compositeur de l’Autre fille, a déjà été accompagné par le Théâtre de Cornouaille. Puis en juin dernier, j’ai découvert aussi le travail théâtral de David Lescot avec le compositeur Gérard Pesson, Un pas de chat sauvage, un texte très original de Marie Ndiaye et la voix de Jeanne Balibar. Là encore, envie de partage !

Qu’est-ce qui rassemble les concerts programmés sur cette édition ? Au contraire, de quelle diversité se font-ils le kaléidoscope ?

Le sens de la géographie, entre Bretagne et Japon, qui est inspiratrice pour la musique. Le lien entre passé et présent, entre baroque et hypermodernité, entre traditions ancestrale et création. Je trouve que la musique rend ce lien fluide, alors que l’architecture, par exemple, en accentue les contrastes et les ruptures.

Une invitation à la subjectivité.

Vous accueillez le programme Évolution proposé par l’ensemble Sillages, construit autour de l’idée de filiation musicale entre les œuvres composées au cours du XXe et du XXIème siècle : comment construisez-vous vous-même votre écoute ? Avez-vous le sentiment d’en avoir hérité, d’une certaine manière ?

J’ai autant hérité qu’eu envie de bousculer mes héritages. Je me considère comme un enfant du rock, une musique que personne n’écoutait chez moi, qui m’a aidé à trouver de nouvelles appartenances et à me construire dans la contradiction. Je crois que la plupart des compositeurs d’aujourd’hui sont aussi des enfants du rock.

Mais à contrario, je crois que j’ai initié ma culture et donc ma curiosité contemporaine dans une perspective d’approfondissement des valeurs sûres ou des « classiques ».

J’ai fait le pari que si on parvient vraiment à se rendre disponible pour écouter Schubert ou Bach, but jamais entièrement atteint, alors on peut écouter toute sorte de musique, parce que l’un et l’autre, et de façon très différente, ont accédé à l’universel.

Le programme proposé par Sillages prolonge cette conviction : on passe d’un univers à l’autre, et c’est dans la comparaison rapprochée qu’on développe sa sensibilité personnelle, aidée par les combinaisons instrumentales et spatiales. C’est une invitation à la subjectivité.

Si vous deviez nous conseiller une œuvre musicale à écouter, quelle serait-elle ?

Je suis très impatient de découvrir l’œuvre de Jérôme Combier, Tokyo no oto. Voici bientôt trois ans que nous conversons autour de ce projet, soutenu en création par le Théâtre de Cornouaille, qui est un projet porté par deux ensembles, un vocal, l’autre instrumental. C’est aussi un projet d’art plastique, la scénographie ayant précédé l’écriture musicale, et un projet de vie, puisque la partition a été écrite au terme d’un long processus, dans le cadre d’un voyage au Japon.


Infos et réservations >> https://vu.fr/JIJO


CONCERT ÉVOLUTION, ensemble Sillages
– 20H30, Théâtre de Cornouaille
(théâtre Max Jacob)

Pour aller plus loin >> https://vu.fr/rCiD

Programmation complète de SONIK
>> http://www.theatre-cornouaille.fr/programme/sonik